Nostalgie de l'amour
Je la traîne comme elle m'entraîne. Elle suit son chemin comme je suis le mien. Toujours complices et toujours dans nos supplices. Elle m'accable de loin, de près, au lit, en dehors du lit, où je suis en m'identifiant à un râble. Elle s'arroge un pouvoir comme je subis sans pouvoir. Telle une terre aride, elle aspire tout. Tel un vent d'automne, elle emporte tout. Telle une feuille fanée, je m'expose à tout. Dépourvue de stabilité, je dépends de ses calamités. Ils disent que le temps la flétrit. Ils disent vrai, ils disent faux… C'est tout un cafouillis. Plus l'automne de la vie approche, plus elle se nourrit à l'insatisfait. Elle n'a pas d'âge mais annonce mon âge. A chaque action extérieure, elle provoque en moi une réaction intérieure. De par ses mensonges cyniques et ses impostures honteuses, je deviens victime d'un amour sans tendresse allant du désordre moral à l'ineptie existentielle. Elle pousse au trépas comme elle attire par ses appas. Elle est un danger et me met en danger. Je comprends ses raisons comme je souhaite l'atteindre par ma raison. Que veut-elle ? Qu'attend-elle de moi ? Elle ordonne, je m'adonne. Elle attise mes faiblesses comme j'agis par faiblesse, visage grave, visage hâve ! A la tombée de la nuit, dans le noir, je me confonds à sa couleur et je reflète sa couleur. Ouvertement elle me tance, timidement je vis mes transes. Ainsi elle me provoque, ainsi elle me suffoque. Si elle est une autre, je serai plus que tendre et moins sombre. Elle est ma passion, je suis son patient. Elle est ma passion, elle est ma suspicion. L'amour, quand il n'est plus cette libération de l'âme dans l'essence de soi, cette faculté de se renoncer, de se fondre dans l'autre, il est une maladie, il est un mal qui fait du bien et un bien qui fait du mal, tantôt il nous valorise, tantôt il nous déstabilise en nous plongeant dans un effondrement intérieur, dans cette dépossession de soi conduisant tôt ou tard à la déprime.
Un jeune animal, se traumatise-t-il en assistant aux ébats incestueux de sa mère ? Ou, au contraire, il s'instruit comme il se construit ? Faut-il oser, user et abuser de tout pour tirer des enseignements de cette vie bâtarde que nous menions ? Savoir encaisser et savoir pardonner ! Quand l'un répond à la résignation, l'autre se soumet indéniablement. Quand on connaît la vie, cela nous rend attendrissant par les expériences douloureuses vécues, là on peut parler de la sagesse morale et de la sagesse verbale. Il faut donner à son corps l'âge non gravé dans sa mémoire en suivant son instinct animal pour bien mener à terme sa rectitude. Certes, on végète et on laisse toujours quelque part une partie de sa personne crédule. Avoir du toupet pour réussir, aider le hasard, compter moins sur lui pour se former… des interrogations qui se bousculent dans nos têtes pour faire naître en nous des idées vagabondes en nous entraînant sur les traces de nos pas hasardeux.
La vie, dès qu'on cesse de lui faire du mal, elle nous rend du bien, et dès le moment où nous cherchions à la comprendre, c'est là où nous nous exposions au dévoiement et que nous tombions dans la confusion des mots et dans la complexité de notre personne. Ô la vie comme elle commence si gaiement et se termine si médiocrement !
Il y a bien deux âges ingrats, et les seuls, dans la vie : celui d'espérer en étant enfant et celui de demeurer l'éternel enfant cherchant consolation, c'est la raison pour laquelle on guérit une fois des fautes de sa jeunesse mais jamais deux fois des bévues de sa vieillesse.
La pusillanimité se cache derrière la morale à laquelle on recourt durant nos crises, des sentiments presque efféminés sommeillant dans chaque être. La faiblesse de l'être face à ses débordements excessifs. Besoin de solitude pour se recueillir, besoin de refuge pour se ressaisir. Quand on manque de culture, de vie personnelle indépendante, d'un présent vécu, d'une existence apprivoisée, pavoisée nourris inconsciemment aux gestes incongrus, le conscient cherche ailleurs des compensations à l'ennui...
L'espoir hiberne et la vie se confond à un lit, ce lit où on dort, où naissent des envies, où on pardonne, où on fait l'amour, où on fait des bébés, où… on y meurt... Des mots auxquels on pense et normalement ne s'écrivent pas !
Triste est ma vérité
Claire est ma pensée !
© Tous droits réservés

Commentaires
Giulia le 28/11/2009 à 05:36:26Bonjour,
Première exploration.
Je suis impressionnée et timide de m'enfoncer dans ton monde. En essayant de ne pas m'y comporter en éléphant dans un magasin de porcelaine.-)
A bientôt.
Bien cordialement
Giulia